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Publié : 14 juin

Compte rendu de la rencontre avec Denis Buquet, metteur en scène de Ali Baba, les quarante voleurs et l’esclave Morgiane

Dans le cadre du partenariat avec le Trianon Transatlantique, en relation avec l’objet d’étude théâtral "texte et représentation" et la connaissance du monde arabe...

... les élèves de 1ère L1 ont assisté à la représentation d’un conte oriental, Ali baba, les 40 voleurs et l’esclave Morgiane, revu et incarné par Denis Buquet, directeur du théâtre de la Canaille, et ses acteurs. Les élèves, encadrés par S.Barka et V. Le Naour, ont échangé par la suite avec le metteur en scène. Voici la trace de cette rencontre, compte rendu rédigé par les volontaires.

Compte rendu de la rencontre avec Denis Buquet, metteur en scène d’Ali
Baba, les 40 voleurs et l’esclave Morgiane

Quelle est l’importance du foulard dans la pièce ?
DB voulait que la pièce ait une forme susceptible d’aller partout, donc qu’elle
soit techniquement très légère. Il avait peu de moyens et de plus le foulard
fait partie de la culture orientale. Le tissu est un élément majeur, c’était son
choix de départ mais il ne savait pas qu’il allait prendre autant d’importance.
C’est aussi un élément glissant (c’est-à-dire un fil rouge unificateur) sur le
plan esthétique, il représente des événements symboliques comme la mort,
la richesse, le vin servi et le voile. Pour DB, le tissu est un partenaire de jeu
qui relie les comédiens.

Pourquoi seulement 3 comédiens ?
C’est économique, lié à un budget faible. Il aurait voulu diriger une équipe
d’au moins 5 comédiens.

Pourquoi avoir conservé cette atmosphère de tradition dans notre cadre
contemporain ?

DB affirme la volonté de s’attacher à la symbolique et aux récits d’origines. Il
dit que c’est dommage de détruire un langage symbolique né de la tradition
orale par une transposition moderne qui n’ajoute rien au sens. Il voulait
garder la puissance symbolique qui apparaît dans les contes, révéler ce
conte à un nouveau public. Il s’attache beaucoup au fait que les contes sont
faits pour nous révéler à nous-mêmes, ils évoquent l’humanité et perdurent
par conséquent.

Quel but a la pièce ?
Son but est divertissant mais permet aussi de raconter des réalités sur le
monde.

Quel est le rapport entre le discours d’introduction de l’adjointe au
maire sur les conflits au Proche et Moyen-Orient et la pièce ?

Toute culture a ses règles et les voleurs transgressent ces règles. Ce conte
introduit les valeurs communautaires de solidarité et d’hospitalité (même si
aujourd’hui, dans les pays d’Orient autant que dans les pays d’Occident, tout
le monde se méfie de tout le monde).

Quelle est la place de la femme dans la pièce ?
Morgiane est l’héroïne, Ali Baba n’est qu’un prétexte dans la pièce. Morgiane
est une femme puissante, courageuse et elle élimine les clichés sur la place
de la femme dans le monde arabe. Dans les récits des 1001 nuits, la femme
a beaucoup d’importance, avec le rôle central de Shéhérazade.

Quel est le budget de la pièce ?
Un budget assez réduit (30000 à 33000 euros), compte tenu des budgets
habituels (DB travaille d’habitude avec des budgets de 90000 euros).

La pièce était-elle faite pour un public enfantin et/ou un public adulte ?
Les deux mais elle est surtout dédiée aux adultes (thèmes du vol, du deuil
etc). Cela renvoie à la tradition orale autour du feu qui réinvente les histoires
(autrefois le caravanier racontait les histoires au marché).

Comment et pourquoi avez-vous réutilisé certains clichés comme la
danse du ventre, le foulard, la femme portant le voile à la maison… ?

Concernant le port du voile à la maison, DB dit ne pas savoir, ne pas s’être
posé cette question. Par aillleurs, la frontière entre le dehors et le dedans
n’existe pas ou peu dans la pièce.
DB dit avoir voulu éviter les clichés.

Pourquoi avoir choisi ce conte en particulier ?
Ce conte recèle des trésors de récits, des valeurs essentielles de la culture
arabo-musulmane, et DB a par aiileurs une affinité avec les contes des 1001
nuits
(CF création précédente Le Dormeur éveillé).

Comment gérez-vous le fait d’être à la fois metteur en scène et acteur ?
C’est assez nouveau, ce n’est pas une position que DB aime le plus, il est
habitué à ’’regarder’’ en tant que metteur en scène. C’est difficile d’être à
l’intérieur et à l’extérieur du jeu. C’est un choix qu’il a fait en partis pour le
plaisir de jouer à nouveau et d’un point de vue économique, c’est une aide.
Mais il y a moins de distance par rapport aux acteurs – c’est difficile d’avoir
du recul et de diriger la troupe.

Quels difficultés et intérêts y a-t-il à transposer du narratif au théâtre ?
Le rapport narration + dialogues théâtraux s’appelle le "théâtre récit". DB aime
beaucoup car cela lui permet d’exploiter la liberté de rêver, de créer l’histoire
dans sa tête. DB a réécrit le texte, n’a pas tout traduit en dialogue car la
narration a, selon lui, un pouvoir poétique. Cela devient ainis un jeu, ’’ la mise
en chair ’’ est différente. ’’Jouer ’’ de la narration n’est pas si simple . Le
narrateur- personnage a un rapport d’intensité plus fort et plus présent car il
parle au public.

Les réactions du public étaient-elles conformes à ce que vous
attendiez ?

Il n’y a pas eu de retours particulièrement négatifs. C’est difficile d’imaginer
les réactions possibles.

Quel est votre prochain projet de mise en scène ?

- Ateliers de lecture à voix haute sur ce thème, avec des récits d’immigration.
Notamment : - Les mémoires d’immigrés Yamina Benguigui
⁃ - Les héritiers de l’inégalité Philippe Ripoll
⁃ - Tous Français d’ailleurs Valentine Goby
- spectacle documentaire avec des professionnels et des amateurs ( lycéens, étudiants...).

Un moment source de réflexions sur ce qui fait théâtre.